Vingt ans de traduction

Daniel Toudic, le Directeur du CFTTR de l’Université de Rennes 2 m’a fait l’amitié de m’inviter à donner une conférence aux étudiants de LEA en octobre dernier. Le sujet ? Vingt ans de traduction. Je reproduis plus bas le texte de cette conférence, très inspiré de mon expérience professionnelle.

Rennes, octobre 2013

Je suis très heureux de venir vous voir aujourd’hui pour vous parler de mon métier. Tout d’abord, je considère que c’est une marque d’amitié de la part de Daniel Toudic de m’inviter à vous donner cette conférence, et ça me fait très plaisir. En plus, ça tombe à pic, puisque cela fait ce mois-ci exactement 20 ans que je travaille dans la traduction. Un anniversaire comme ça, 20 ans de métier, ça pousse à s’interroger, à rentrer en soi-même pour se demander: finalement, pourquoi je fais ce métier là, qu’est-ce qui me pousse, qu’est-ce que c’est, finalement, mon métier ?

Et c’est vrai que je peux me poser cette question, puisque j’exerce ou j’ai exercé les métiers de journaliste, auteur, éditeur, rédacteur en chef, traducteur, réviseur, réviseur technique, maquettiste, chef de projets, consultant, chef d’entreprise, enseignant et même psychothérapeute !

Tous ces métiers sont des métiers tournés vers les autres. La traduction, c’est relier les être humains entre eux, abolir les barrières. L’enseignement, ça consiste à faire passer le savoir aux générations suivantes. Le journalisme, c’est informer les autres. Créer et diriger une entreprise, c’est fédérer les efforts des autres pour construire une entité qui nous dépasse. La psychothérapie, ça consiste à libérer les autres des liens qui les étouffent pour les amener à redevenir eux-mêmes. Tout ça, c’est de l’humain, c’est du lien, c’est de la vie. On pourrait dire de chacun de ces métiers qu’il est le plus beau métier du monde.

Quand j’ai commencé à traduire des livres, des manuels et des communiqués de presse d’entreprises informatiques, je considérais que mon point fort était de formuler avec clarté et style des informations techniquement justes. C’est-à-dire que j’abordais la traduction du double point de vue de l’expression écrite et de l’expertise technique, mais pas du tout du point de vue du transfert. Autrement dit, je fais partie des spécialistes qui traduisent, pas des traducteurs qui se spécialisent. Après 20 ans d’exercice et de collaboration avec 2 ou 300 traducteurs, issus de toutes les formations, ça continue d’être ma façon de voir ce drôle de métier. Je continue de penser qu’il faut savoir de quoi on on parle, qu’il faut connaître son sujet.

Surtout, il faut savoir écrire, rédiger, c’est la clef de tout. Quand on sait vraiment rédiger dans sa langue maternelle, alors on peut analyser la structure d’une phrase dans sa langue de travail et comprendre intimement ce que l’auteur veut exprimer. Après, c’est facile de l’exprimer à son tour, même s’il faut rendre de multiples nuances. L’écriture structure la pensée. Une pensée structurée permet l’analyse. l’analyse, associée au savoir technique, permet la compréhension juste. la compréhension juste conditionne l’expression juste. Et la boucle est bouclée, le message est passé d’une langue dans une autre.

J’étais un littéraire, passionné de lecture et d’écriture. J’étais en hypokhâgne quand je me suis intéressé à l’informatique, dont je ne savais rien, parce que je voulais créer une base de données pour que ma famille puisse savoir où étaient rangés nos livres. Comme ça, ils arrêteraient de me le demander. J’ai travaillé l’été comme gardien pour acheter un ordinateur, un Amstrad PC1512 avec deux lecteurs de disquettes souples et j’ai lu le manuel. Je n’ai rien compris. Je me suis obstiné. J’ai découvert qu’il existait des journaux d’informatique, j’en ai acheté. Je n’ai pas tellement plus compris. Mais j’ai progressé. J’ai acheté des livres. J’ai découvert des domaines que j’ignorais complètement, comme la programmation, les langages informatiques, les systèmes d’exploitation, les bases de données.

Au début, tout était mélangé dans mon esprit, mais j’ai compris petit à petit que j’aimais écrire des programmes informatiques en essayant différent langages de programmation et les comparer. Vous remarquerez que ce n’est pas très éloigné de la traduction. J’ai aussi compris qu’il fallait beaucoup travailler pour acquérir des compétences réelles en programmation, quel que soit le langage informatique utilisé. Je me suis formé avec des livres, et il m’est arrivé une chose étrange : je tapais les programmes d’exemple qui étaient fournis, je vérifiais que tout était bien là, que je n’avais rien oublié et pourtant ils ne fonctionnaient pas ! Quand on est en train d’apprendre une matière, c’est vraiment difficile de croire que le manuel contient des erreurs. Mais il fallait se rendre à l’évidence, c’était faux. Alors j’ai regardé d’où venaient ces livres et je me suis aperçu qu’il s’agissait presque toujours de traductions de livres américains. Je me suis procuré ces livres américains. J’ai tapé les programmes sans comprendre le texte autour, et ça marchait !

En même temps, je me disais que si je voulais vraiment comprendre les questions d’informatique, ce serait plus simple et plus rapide si on me demandait de le faire dans un délai donné pour l’expliquer à d’autres. Et la meilleure manière de faire ça, c’était soit de faire de la formation, soit de devenir journaliste. Comme j’aimais écrire, j’ai donné la préférence à la presse. Alors j’ai contacté le meilleur journal d’informatique de l’époque, je leur ai dit que je détenais la toute dernière version du langage Turbo Pascal et que je pouvais écrire un article dessus. Ils ont accepté. C’est ce qui est incroyable quand on se lance dans la vie avec un projet, tout se met à fonctionner dans votre sens. Le rédacteur en chef de SVM m’a reçu, il m’a expliqué ce qu’il voulait et ce qu’il ne voulait surtout pas. Il m’a commandé un papier, et j’ai eu un délai pour me former à toute vitesse au langage Pascal, pour pouvoir écrire un article. J’ai bossé comme un fou et j’ai fait des progrès gigantesques en compréhension de la programmation en Turbo Pascal. J’avais 23 ans à l’époque : je foirais mon année de Licence de Lettres modernes à la Sorbonne, mais j’étais publié dans un journal connu. Je peux vous dire que j’étais content ! De là, j’ai enchaîné les articles, en allant voir un autre journal dès que mon article est paru, pour avoir d’autres commandes. Et j’ai continué d’approfondir ma connaissance de l’informatique.

J’ai poursuivi mes recherches. Je me suis intéressé au fonctionnement interne des PC : j’ai lu en détail les programmes stockés dans l’ordinateur, qui lui permettent de démarrer avant de charger le système d’exploitation. J’ai lu les plans des microprocesseurs. Je me suis intéressé, un peu, à l’électronique, j’ai appris à programmer en langage Assembleur, j’ai désossé le système d’exploitation, j’ai développé des outils qui agissaient à la place du système, qui pouvaient par exemple récupérer un fichier effacé. Je programmais en Pascal et en Assembleur.

J’ai demandé à plusieurs journaux de me confier la rubrique Livres, ce qui m’a permis de recevoir tous les livres nouveaux, et d’être en relation avec les éditeurs. Un jour, j’en ai appelé un pour râler au sujet de la mauvaise qualité de son ouvrage. Vous l’avez compris, j’étais assez sensible au fonctionnement des programmes d’exemple dans les livres d’informatique. Comme j’étais journaliste, il m’a reçu. Et tout ça a mené à une nouvelle collaboration. J’étais chargé d’écrire un livre sur la programmation au niveau du système. Ce projet-là m’a aussi permis d’apprendre beaucoup de choses sur la programmation, et de m’améliorer vraiment. J’en ai profité pour traduire quelques ouvrages, et même pour diriger une collection d’ouvrages informatiques, c’est-à-dire trouver les sujets, les auteurs, superviser leur travail de rédaction, etc. Pendant tout ce temps, je travaillais aussi comme journaliste. J’étais en apprentissage dans un mensuel, et je poursuivais une formation de journalisme sur deux ans, avec des cours de 18h à 22h toutes les semaines, et une série de stages de cinq jours. Autrement dit, j’apprenais mon métier en même temps que je le pratiquais.

Et la traduction, dans tout ça ? J’avais été contacté par des entreprises pour les aider à rédiger des journaux internes. Microsoft, notamment, m’a proposé de rédiger entièrement L’édition de liens, un magazine trimestriel qui était envoyé aux développeurs et présentait des techniques de programmation assez complexes. Pour rédiger les articles, je devais prendre mes informations auprès des chefs de produit, qui me donnaient de la documentation qui provenait en général de la maison mère, aux États-Unis. Dans certains cas, il fallait rédiger des textes en synthétisant plusieurs documents, dans d’autres il fallait traduire directement.

D’un côté, j’adorais écrire pour des journaux. D’un autre, je n’étais jamais entièrement sûr d’être payé. Un article pouvait être commandé, et finalement remplacé par un autre au moment de la publication. Or, seuls les articles publiés étaient payés. La solution aurait été de faire comme d’autres pigistes : passer ses journées à hanter les couloirs des magazines, écrire ses articles sur place, discuter avec les journalistes permanents autour d’un café, se faire confier d’autres articles, etc. Mais ça ne me plaisait pas, je préférais travailler chez moi, j’étais un peu sauvage. En outre, je me suis vraiment braqué quand on a voulu influencer ce que j’écrivais. Je trouvais normal que les entreprises défendent leurs produits, mais vraiment anormal que les articles des journaux soient influencés par les entreprises en question. À tout prendre, je préférais écrire dans les journaux d’entreprise, parce qu’on ne trompait pas le lecteur : il était au courant qu’il lisait des textes publicitaires.

En plus, j’étais obligé de changer de statut juridique, car la plus grande partie de mes revenus ne provenait plus de la presse, et je n’avais donc plus le droit d’être salarié. Je me suis installé comme indépendant, sans vraiment savoir ce que cela signifiait. Comme je devais le faire, j’ai décidé de donner un nom à ma structure. Je m’étais dit « si je représente une entité, comme une société, alors cette entité agit en son nom propre, et elle porte un nom ». Le diagnostic n’était pas faux, mais il comportait quand même des erreurs : quand on est connu en tant que personne, il faut exploiter cette petite notoriété personnelle, car les gens préfèrent avoir affaire à un individu qu’à une structure anonyme. Et d’autre part, j’ai choisi un nom que personne ne comprenait, sauf les journalistes, qui n’étaient pourtant pas mes clients. Ma structure s’appelait « en couv’! », qui signifie « en couverture ». Mon intention de départ était de fournir des services de rédaction de journaux aux entreprises, et d’arrêter la presse.

J’avais 27 ans quand j’ai créé cette structure, en octobre 1993, il y a tout juste 20 ans.

Bien sûr, il y a d’abord eu une période de transition, assez courte d’ailleurs, où je continuais d’écrire dans les journaux tout en démarrant ce que je considérais comme ma nouvelle activité. Logiquement, on m’a d’abord demandé de traduire des communiqués de presse. Je me souviens encore très bien de la toute première traduction qui m’a été commandée : c’était un dossier de presse comportant trois communiqués différents, sur une technologie toute nouvelle de fabrication de disques durs. J’ai terminé à 23h45 le job qui m’avait été confié à 14h, j’avais trouvé ça très dur à traduire, mais j’étais fier de moi.

Les communiqués de presse techniques constituent une excellente école de traduction parce qu’ils imposent un travail de formulation approfondi, assorti à un travail de compréhension juste des techniques présentées qui sont, par définition, nouvelles. C’est très difficile à bien faire, mais on y gagne énormément en habileté rédactionnelle. Même si on peut parfois se trouver dans une situation sans issue. Je me souviens d’une phrase américaine dans laquelle il était impossible de déterminer si on évoquait une carte mère pourvue de deux circuits imprimés comportant chacun un microprocesseur distinct ou s’il s’agissait d’une carte mère pourvue d’un circuit imprimé comportant deux microprocesseurs. Les deux solutions étant techniquement possibles, il n’y avait aucun moyen de trancher ce que signifiait vraiment cette phrase si mal rédigée. Malheureusement, dans bien des cas, la langue française est plus précise que la langue américaine…

A cette époque, je poursuivais mes travaux de rédaction de journaux d’entreprise, pour Microsoft, pour Borland, pour Saari. Cela m’amenait à me rendre chez mes clients, et à rencontrer d’autres personnes que celles avec qui j’avais rendez-vous, ce qui permettait de développer d’autres collaborations, et en particulier d’obtenir des travaux de traduction. Je me souviens d’une journée, où j’étais passé chez Microsoft pour rencontrer la personne en charge des éditions de livres et établir le sommaire du prochain numéro du journal que je rédigeais. La personne en charge de la presse d’entreprise m’a confié un autre journal. Celle en charge des éditions m’a demandé de traduire un livre et de résumer un manuel. Et j’ai rencontré la personne en charge des supports de formation, qui m’a demandé d’en traduire un.

Au début, on m’a confié la traduction d’un support de cours, puis on m’en a envoyé trois à traduire dans un délai assez serré, puis on m’en a envoyé neuf d’un coup ! Je ne pouvais plus traduire tout seul, il me fallait de l’aide. Heureusement, j’avais rencontré par hasard, à la cantine de Microsoft, un homme qui était à la recherche de travaux d’écriture ou de traduction. J’ai décidé de lui faire confiance. Il traduisait et je vérifiais que les situations décrites dans le support de formation fonctionnaient de la façon indiquée quand on utilisait les logiciels. Chaque terme d’interface était contrôlé en contexte, car chaque manipulation était reproduite étape par étape. Ça prenait un temps fou, mais c’était la seule façon de remettre un texte dont le contenu soit exact sur le plan technique. Cela nous a amenés à prendre des décisions difficiles. Doit-on utiliser le terme français que l’on trouve dans l’aide en ligne du logiciel quand ce terme est mauvais ? (par exemple ‘Tableau de serveurs’ pour ‘Servers array’, alors que le terme consacré est ‘Matrice de serveurs’). Doit-on remanier le texte quand les étapes décrites dans le texte américain sont justes en environnement US mais fausses en environnement français ? Que faire lorsqu’une fonctionnalité entière d’un logiciel est absente de la version locale, alors qu’un chapitre entier du support de formation lui est consacré ? Et, corolaire, sera-t-on payés pour ces mots si on ne les traduit pas, alors même que le produit final serait faux si on les traduisait ? Là encore, ce qui me guidait, c’était l’expression correcte d’informations techniquement justes.

Assez vite, j’ai confié du travail à une quinzaine de traducteurs indépendants, qui sortaient de l’ISIT, de Paris 7, de Rennes 2. Il y a des choses qui ne changent jamais. J’ai recruté ma première salariée, qui était titulaire d’une maîtrise de Traduction spécialisée de l’Université de Rennes 2, et qui avait fait six mois de stage chez HP à Grenoble avant de venir s’installer à Paris pour trouver du travail. Je l’ai formée à la traduction de communiqués de presse, je lui ai fait suivre la même formation de journaliste que moi, et je me suis concentré sur la traduction des supports de formation, et la rédaction des journaux d’entreprise.

Les choses se sont compliquées pour ma société lorsque la localisation des supports de formation de Microsoft a été confiée à leur filiale Irlandaise, qui était déjà en charge de la localisation de tous les autres produits, dans toutes les langues. D’une part, les supports de formation s’étaient complexifiés, d’autre part, la demande du client en matière de gestion des projets n’était pas la même, et en plus ils ne parlaient qu’anglais ! Le volume, quant à lui, augmentait. J’ai mis en place des processus de gestion des projets, recruté du personnel, acheté les outils nécessaires, formé tous les intervenants, et j’ai progressivement lâché la traduction, puis la révision linguistique, puis la révision technique, puis la mise en pages et finalement la gestion des projets.

C’est à peu près à ce moment que j’ai dû abandonner la rédaction des journaux d’entreprise. L’année où j’ai été sélectionné par Microsoft Irlande pour traduire la totalité des supports de formation, Microsoft France me demandait de prendre la rédaction en chef de toutes leurs publications. Il me semblait impossible de mener les deux de front. J’ai tranché : j’abandonnais le rédactionnel pour la traduction. Un principe m’avait guidé au moment de choisir. Je n’étais jamais parvenu à confier des travaux de rédaction à l’extérieur, alors que j’y arrivais avec la traduction. Donc, je pourrais développer la traduction, mais je ne pourrais jamais rédiger plus que ce dont j’étais moi-même capable.

À ce stade, la traduction de chaque support de formation requérait une équipe d’une vingtaine de personnes, freelance et salariées, et nous devions être en mesure de traduire simultanément de trois à six supports. Vers la fin, les supports de formation comportaient deux documents Word en version stagiaire et en version formateur, un CD d’accompagnement qui contenait un site web avec le contenu des documents, une vidéo sous-titrée et doublée, les fichiers nécessaires à la réalisation des exercices, les programmes d’installation semi-automatisée de l’ensemble des produits nécessaires au déroulement de la formation sur tous les ordinateurs de la salle, et les produits eux-mêmes, en version localisée. Pour traduire tout ça, nous avions besoin d’un chef de projets, de plusieurs traducteurs, de réviseurs linguistiques, de réviseurs techniques, d’un ingénieur, d’une salle de tests avec une vingtaine de PC, de maquettistes, et d’un réviseur final pour la relecture des épreuves. En fait, nous avions purement et simplement repris à Microsoft la responsabilité du produit final et nous avions reconstitué sans le savoir des équipes identiques à celles qui c’étaient chargées de la conception et de la rédaction de ces produits. Sauf qu’ils avaient trois à six mois pour créer un support, et nous trois à six semaines pour le traduire. Nous avons d’ailleurs reçu dans nos bureaux l’équipe américaine de conception des supports pour leur expliquer notre méthodologie.

Cette expérience a constitué une formation accélérée d’une richesse inouïe en matière de traduction et de gestion de projets. J’ai appris ce qu’étaient les contrôles qualité, les glossaires (ceux de Microsoft dépassaient couramment les cinquante mille entrées, et il fallait en appliquer plusieurs simultanément), les guides de styles, les rapports hebdomadaires, les post-mortem conférence calls…

Bien sûr, il y a aussi eu des ratés, des erreurs. Un raté : je ne suis pas parvenu à reproduire pour l’Allemand ce que j’avais construit pour les supports de cours Français, et je n’ai pas décroché ce budget. Une erreur : quand j’ai obtenu un contrat de cinq ans pour traduire les supports de formation, une entreprise allemande m’a proposé de rejoindre un groupement en cours de constitution de plusieurs sociétés de traduction existantes qui, en tant que groupement pouvait décrocher plus de travaux. J’ai refusé. Aujourd’hui, ce groupe fait 40 millions d’euros de chiffre d’affaires et il est présent partout dans le monde. C’est sûrement ma plus grande erreur stratégique… Sauf que je ne crois pas être fait pour diriger une société de 100 personnes. Donc ce n’est peut-être pas si négatif que ça.

Cela me permet d’aborder un point crucial, qui est la part de votre vie que vous voulez consacrer au travail. On n’a pas du tout la même vie si l’on travaille 80 heures par semaine sans prendre de vacances, ce qui était mon cas à l’époque, et si l’on travaille 35 heures en prenant huit semaines de congés par an, ce qui est le régime salarié français actuel. Bien sûr, il y a des situations intermédiaires. Mais il faut comprendre que les revenus d’un côté, l’équilibre affectif de l’autre sont directement corrélés à la part de vie que l’on consacre au travail. Il me semble que tous les choix sont respectables à condition qu’il s’agisse d’un choix, et que les conséquences en soient tirées. Si vous rencontrez l’homme ou la femme de votre vie et que vous travaillez 80 heures par semaine, changez de rythme de travail. Ou bien dites à cette personne que vous n’êtes pas disponible. Mais n’essayez pas de concilier un fort investissement dans le travail et un fort investissement affectif. C’est la meilleure manière de rater les deux en faisant beaucoup de dégâts autour de vous et en vous.

Cette parenthèse vient à point nommé pour introduire la suite de l’histoire. À la suite de quelques erreurs stratégiques que je n’aurais pas faites si je n’étais pas complètement épuisé et sur les nerfs, et étant donné le contexte particulier des affaires en 2000/2001, j’ai été obligé de fermer mon entreprise fin 2001. J’avais fait tout ce que je pouvais pour éviter ça à partir de janvier. En juillet je savais qu’il fallait fermer, mais j’ai décidé de tenir coûte que coûte jusqu’à la rentrée en espérant que ça irait mieux à ce moment là car, traditionnellement, le quatrième trimestre était toujours excellent. Nous avons donc tenu jusqu’à la rentrée. Et il y a eu 11 septembre 2001. Plus aucun téléphone n’a plus sonné, plus aucun email n’est arrivé dans nos boîtes à partir du 12. C’était le silence. Impossible de joindre nos clients. Le monde s’était arrêté de tourner. En fin de mois, j’ai compris que je devais me résigner à organiser la liquidation de ma société.

Ça a été une période très dure à tout point de vue. J’ai perdu mon gagne-pain, qui constituait l’essentiel des revenus de ma famille. Je n’avais presque pas d’économies, car j’avais toujours privilégié la société et je me payais bien mais moins que je ne l’aurais pu. Je devais gérer le liquidateur, les salariés, les freelances, qui tous me traitaient comme si j’avais été un truand. Mon couple aussi a explosé à ce moment là, même si notre séparation a attendu encore quelques années. Et j’étais totalement épuisé, vidé de toute énergie, incapable de comprendre ce qu’on me demandait, incapable de me diriger, de prendre des initiatives, et rongé de culpabilité. Il m’a fallu en tout trois années pour m’en remettre, pendant lesquelles j’ai fait différentes choses. J’ai arrêté de fumer, j’ai fait de la musculation deux heures par jour, j’ai suivi une formation de six mois à HEC, j’ai énormément réfléchi sur le sens de la vie, j’ai fait un peu de conseil aux entreprises, j’ai cherché du travail et… J’ai recréé une société de traduction en 2004 !

Là aussi, on peut se demander si je n’aurais pas mieux fait de redémarrer plus vite, de prendre des décisions plus rapidement : après tout, début 2002, je savais déjà que j’allais divorcer, et j’aurais pu me dispenser de perdre trois ans avant de recréer une boîte de traduction. Pourtant, ces années ont été riches en matière d’évolution personnelle et de maturation. Elles ont été nécessaires. Par exemple, j’ai une expérience concrète de la pauvreté, et de la difficulté extrême à élever des enfants dans des conditions matérielles d’exclusion sociale. Cela a aussi été l’occasion de faire le point sur les effets d’une charge de travail trop élevée. Il a aussi fallu gérer des blocages structurels. Par exemple, comme j’avais liquidé ma société, lorsque j’ai voulu, trois ans plus tard, en créer une autre, aucune banque n’a accepté de lui ouvrir un compte. Ça fait partie des difficultés à se relancer.

Pendant ces années de vaches maigres, j’ai effectué quelques missions de ci de là. J’ai notamment traduit deux énormes livres d’informatique à la suite, en utilisant conjointement un logiciel à mémoire de traduction, un logiciel de traduction automatique, mes compétences de traducteur, et celles d’un ami qui relisait et mettait en forme. On a fait ensemble ces deux livres, qui sont aussi bons que les autres livres de cette collection. Mais au lieu d’y passer six mois à temps plein, ça nous a pris moins de trois mois à mi-temps, parce qu’on traduisait 2000 mots à l’heure, et comme la relecture se faisait à la même vitesse, on produisait 1000 mots relus par heure ! C’était incroyablement efficace, mais aussi très fatigant : il m’arrivait couramment de m’endormir sur mon clavier tout en continuant à taper. En tous les cas, je savais désormais qu’on pouvait accroître très fortement la productivité de traduction sans nuire à la qualité, à condition de tenir le choc.

En 2004, au cours d’une conversation téléphonique avec un ancien salarié, je décide de créer une nouvelle entreprise de traduction. Et je fixe les bases : on ne sera pas spécialisés et aucun client ne dépassera les 5% de notre chiffre d’affaires. Cela a des conséquences concrètes : il faut trouver beaucoup de clients, donc faire beaucoup de publicité, s’appuyer sur le web et automatiser au maximum les opérations routinières et administratives de la gestion des projets : création des devis, des bons de commande, etc. À l’époque, il y a peu de sociétés de traduction qui annoncent comme nous sur Google, et nous obtenons vite de nombreux clients. En trois ans, Anyword passe de 320000€ à 750000€ de chiffre d’affaires.

De là émerge un nouveaux projet, qui était en germe dès le début : ouvrir un Anyword dans chaque pays d’Europe en gérant le commercial et les projets de façon centralisée. Autrement dit, le numéro de téléphone de la société espagnole sonnerait en France, où un Espagnol répondrait au téléphone, et les projets seraient traités par les même chefs de projets, qu’ils proviennent de France, d’Espagne ou d’ailleurs. Je collecte des fonds en 2007 pour financer l’ouverture de l’Espagne et de l’Angleterre, et je lance les deux filiales en 2008.

À la fin de l’année, je n’ai pas fait 30000€ de chiffre d’affaires sur ces deux entreprises. C’est donc un échec, d’autant plus lourd que la société française est légèrement en pertes, et que j’ai dépensé la totalité des fonds propres d’Anyword dans cette entreprise. Je m’apercevrai un peu plus tard que j’ai oublié une vérité de La Palisse de notre métier : chaque pays est différent. Contrairement à ce qu’on croit souvent, nous vivons dans un monde bien plus local que global, c’est le fameux « glocal ». Concrètement, en 2008, en Espagne, les entreprises allaient sur le web pour s’informer mais pas pour acheter. Et en Angleterre, elles achetaient sur le web uniquement si elles connaissaient le fournisseur en question. En fait, tout simplement, nous répondons à une demande locale, même si nous exerçons un métier international. Cela signifie que mon idée de centraliser la gestion de projets était peut-être bonne, mais pas celle qui consistait à centraliser les ventes en dehors du pays.

Parallèlement, entre 2004 et 2009, j’ai dépensé énormément d’argent dans le développement d’un outil d’automatisation de la gestion de projets. On a développé quatre fois une application web, mais aucune n’était vraiment satisfaisante : j’avais du mal à faire comprendre ce que je voulais à des développeurs qui ne connaissent pas du tout notre métier. J’ajoute que l’année 2008 était particulièrement difficile pour moi puisque j’ai perdu mon père, qui a été très longtemps en soins palliatifs et soigné ma mère.

Tout ça pour vous dire que j’ai abordé l’année 2009 sur des bases plutôt fragiles. Et là, au mois de janvier, on fait un chiffre d’affaires 40% inférieur à l’année précédente ! En février pareil, et en mars pareil ! A l’époque, Anyword comptait six salariés, trois stagiaires, et moi. J’ai fait les comptes : si je ne changeais rien et que la tendance ne s’améliorait pas, on fermait au mois de juillet. Si je réduisais mes revenus de 30% et que je licenciais tout le monde, on avait une chance de finir l’année sans fermer, malgré de grosses pertes. C’est ce que j’ai fait. Cela a été très difficile pour mon équipe comme pour moi. Je trouvais ça injuste : personne n’avait démérité ou mal fait son travail, mais il n’y avait tout simplement plus assez d’argent dans la caisse.

La même année, j’ai donné une conférence sur la traduction dans une fac, un peu comme aujourd’hui, et j’ai rencontré la femme que j’ai épousée. D’ailleurs, elle est là aujourd’hui aussi. Comme elle est prof de fac en traduction, on peut vraiment dire que j’ai épousé… la traduction.

En 2009, j’ai aussi commencé à donner des cours de gestion de projets en université, à Evry et à Rennes. C’était vraiment une belle expérience parce que ça m’a permis de prendre du recul sur les métiers de la traduction et sur les évolutions techniques. Par exemple, je me demandais si la traduction automatique était intéressante du point de vue de la productivité : OK, le résultat initial est moche, mais est-ce qu’on va plus vite ou pas ? Est-ce que c’est intéressant pour le client, pour l’agence ou pour le traducteur ? C’est de cette question qu’est né le projet de traduction comparée, pendant lequel des étudiants de Master traduisent le même document en utilisant tantôt un outil de traduction automatique, tantôt un outil de reconnaissance vocale et tantôt Trados. Pour moi c’était passionnant de pouvoir faire des tests en grandeur nature, en utilisant les ressources de la fac. A Evry, on s’était lancés Sabrina et moi dans une semaine de simulation du fonctionnement d’une agence de traduction. Les étudiants de M2 avaient des projets à gérer en faisant appel aux M1 pour la traduction. Auparavant, ils devaient créer un manuel qualité, définir les procédures de travail, expliquer leurs attentes aux M1, etc. Pendant la semaine, il fallait gérer les projets, passer les fichiers en relecture, passer les fichiers relus en contrôle qualité, répondre aux demandes termino, et remettre le tout en temps et en heure. Puis, quelques semaines plus tard, les équipes présentaient leur travail en jury. Tout ceci était très riche, très instructif.

A Anyword, j’avais conservé la personne qui était mon bras droit, et on s’est retroussé les manches. En 2010, à deux, on a généré le chiffre d’affaires qu’on faisait en 2008 avec six salariés, et on a remboursé nos pertes. Honnêtement, ça fait réfléchir : si on peut faire à deux le travail de sept personnes, pourquoi recruter ? La question de la productivité est centrale. C’est un peu comme la part du travail dans la vie, il faut faire des choix. En traduction, on a tendance à s’intéresser à la productivité du traducteur : c’est pour l’accroître que l’on crée des outils comme Trados ou Systran. Mais la productivité du chef de projets est fondamentale aussi. C’est le sujet qui m’intéressait le plus depuis le début. Je savais qu’un chef de projets peut aussi bien gérer un seul projet que dix dans la même journée. C’est pour ça que je voulais centraliser la gestion des projets en provenance de plusieurs sociétés, ou que j’avais dépensé tant d’argent dans la création d’une application interne qui était incomplète. Quand j’ai assisté à la présentation de TpBox, j’ai compris que j’avais trouvé l’outil idéal : ce n’est pas compliqué, ce logiciel fait exactement tout ce que je voulais faire exécuter au mien. Mais là où TpBox coûte 15000€, j’avais dépensé pas loin de 300 000€ pour développer une solution qui ne me satisfaisait pas ! J’ai donc immédiatement jeté mon ancien système aux orties et acheté TpBox. La productivité des chefs de projets a fait un bond.

En 2012, j’ai opéré un vrai travail de recentrement dans ma vie. À l’époque, je gérais Anyword, je donnais des cours en fac, je suivais une formation de psychothérapeute qui me prenait à peu près 60 jours par an, et je faisais des trajets très importants puisque mon bureau était à Paris et la fac à Rennes alors que j’habite près de Rambouillet. Au final, je passais plus de temps dans les transports qu’au travail. En plus de ça, j’ai pas mal de travaux d’amélioration à faire à la maison, et quatre enfants à élever. J’ai décidé de déplacer mon entreprise à Rambouillet et d’arrêter l’enseignement en fac. Je me concentre désormais sur ma famille, mon entreprise, et ma formation de psychothérapeute. Comme par hasard, le chiffre d’affaires d’Anyword a augmenté en 2012 et en 2013.

Comme je le souhaitais au moment de sa création, Anyword est une agence de traduction généraliste. Nous traduisons des documents de toute nature : par exemple, nous avons traduit le site web de la France en cinq langues, nous traduisons souvent des numéros hors série pour les éditions Beaux Arts, nous traduisons les plans d’accès du musée du Louvre, nous sommes chargés de traduire certains rapports de l’OCDE sur les politiques éducatives dans les pays développés, nous sommes en charge de la localisation de l’immense site web de Futura Sciences, nous avons récemment traduit plusieurs séries de romans électroniques avec des intrigues policières, fantastiques, sentimentales, érotiques et même carrément pornographiques. Bref, les projets sont vraiment très diversifiés, tout comme les langues de travail.

Voilà, c’était la première partie de mon exposé, centrée sur mon expérience professionnelle. Je voudrais maintenant partager avec vous quelques réflexions d’ordre général, quelques leçons de vie. Ce sera plus court.

D’abord, d’où vient le contentement que l’on éprouve à exercer sa profession, à faire son travail ? Dans mon cas, j’éprouve la sensation très ancrée d’être utile aux autres : traduire est utile, partager son expérience, comme je le fais aujourd’hui avec vous, est utile, rédiger un article ou un livre technique, enseigner, être psychothérapeute, toutes ces activités sont utiles. Par exemple, j’ai toujours éprouvé un plaisir infini à lire des ouvrages de littérature, à écouter de la musique ou à danser, mais je n’aurais pas pu en faire mon métier car ces activités, pour moi, doivent rester récréatives, elles ne sont pas utiles, on peut s’en passer.

C’est sans doute pour cette raison que le traducteur, d’après moi, doit vraiment s’attacher à devenir un expert du domaine dans lequel il traduit. Je l’ai dit plus tôt, je suis convaincu qu’il faut savoir de quoi l’on parle. Du moment où il accepte un texte source pour le restituer dans une langue cible, le traducteur exerce une responsabilité aussi importante que celle de l’auteur au sujet de l’exactitude du contenu du document final. C’est pourquoi le traducteur doit avant tout savoir excellemment rédiger dans sa langue maternelle. Il ne s’agit absolument pas de se laisser porter par le texte source en le reproduisant dans la langue cible, mais au contraire de s’approprier le sens puis de le restituer avec la structure de phrase et le vocabulaire qui conviennent le mieux, qui sont le plus pertinents, dans la langue cible, sans se sentir contraint en aucune manière par la langue source. Autrement dit, le traducteur est auteur de son texte.

Je reviens au choix d’une activité professionnelle. Pour moi, le principe suprême, celui que je répète à mes quatre enfants au moins une fois par semaine, c’est de faire ce qu’on aime. Il faut faire ce qu’on aime. Et il faut aimer ce qu’on fait. Il ne faut jamais transiger avec ça. Décideriez-vous de vivre avec quelqu’un que vous n’aimez pas ? Épouseriez-vous quelqu’un que vous n’aimez pas ? Non, j’imagine. Pour le travail, c’est pareil. Même si vous changerez sans doute de profession plusieurs fois dans votre vie, chaque métier vous occupera au moins huit heures par jour. Si vous n’aimez pas ça, ce sera une torture. Pire, vous ne le ferez pas bien, parce que vous ne parviendrez pas à vous concentrer sur ce que vous faites, vous ne pourrez pas vous impliquer dans votre travail. Si vous n’aimez pas écrire, si vous n’aimez pas traduire, c’est OK : faites autre chose, changez de fac, formez-vous à un autre métier. Et si le Master vous a servi à prendre conscience que vous n’aimez ni traduire ni gérer des projets, c’est super ! Vous avez gagné un temps fou, puisque vous ne vous engagerez pas dans une profession qui n’est pas faite pour vous. Mais surtout, ne faites pas l’erreur d’essayer quand même si vous savez que ça vous déplait, vous vous mettriez dans une situation inextricable. De toutes les façons, dans la vie, on ne perd jamais son temps. On s’aperçoit plus tard que telle ou telle compétence dont on ne savait que faire nous est extrêmement utile tout à coup, nous donne la valeur que d’autres n’ont pas parce que leur parcours est plus rectiligne, plus prévisible. Vous finirez toujours par exploiter les enseignements que vous avez reçus.

Au sujet de la formation, je voudrais aussi vous dire une chose essentielle : il n’y a pas dans la vie un temps réservé à la formation et un temps réservé au travail. La formation et le travail, c’est toute sa vie d’adulte. J’ai débuté sans diplôme, j’avais seulement fait trois ans de prépa et glandé deux ans en fac, mais j’ai fait une école de journalisme pendant deux ans, j’ai obtenu un Executive MBA, et aujourd’hui je suis en troisième année d’une formation de psy qui dure cinq ans. J’ai un ami chef d’entreprise qui est sorti de HEC, il a monté une société, puis une seconde. Puis il a décidé qu’il avait besoin d’acquérir des compétences plus fortes en comptabilité, alors il a passé le diplôme de comptable. Puis il a monté une troisième entreprise et il l’a revendue tout de suite. Puis il a décidé de suivre les cours de l’IHEDN – l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale – parce que les thématiques de géostratégie l’intéressent. Puis il a revendu la première entreprise, il en a monté une quatrième, et la dernière fois que je l’ai rencontré, il venait de revendre sa deuxième entreprise et il cherchait un manager pour la quatrième parce qu’il avait l’intention de s’inscrire à une formation d’ingénieur. Et il n’a que 35 ans. La formation, la vie professionnelle, la vie affective et familiale, tout ça, c’est pareil, c’est juste de la vie.

Quand vous arrêtez de cloisonner la vie en petits morceaux, quand vous acceptez la fluidité de la vie, quand vous voyez la vie comme une danse ou comme une rivière, alors vous vous retrouvez à faire beaucoup plus de choses, à avoir une vie beaucoup plus riche. Et comme votre vie est riche, elle fourmille soudain d’opportunités. Et si jamais vous avez un accident professionnel, ce n’est plus très grave car plein d’autres aspects fonctionnent très bien, et vous vous appuyez sur ces aspects là pour faire naître les opportunités qui vous aideront à rebondir. Un aspect de votre vie vous aide à avancer dans un autre aspect. Et quand vous avez suffisamment avancé, vous pouvez très bien décider de lâcher le premier aspect. Et toujours en ne faisant que ce que vous aimez, et en vous exerçant à aimer ce que vous faites.

Dans une vie comme ça, vous devenez acteur, vous quittez le rôle du témoin. Il ne vous arrivera plus des choses, vous ferez arriver des choses. Ça n’a plus rien à voir. La vraie raison pour laquelle j’ai lâché la presse et, plus tard, l’enseignement, c’est que je ne voulais pas avoir un rôle de témoin. Je suis aujourd’hui dans ce monde et je veux faire des choses avec ce monde : bricoler, avoir des enfants, créer des entreprises, traduire des textes, partir en voyage, publier des livres, faire des photos, danser, aimer ma femme, agir ! Je veux que ma vie m’appartienne, et la seule solution c’est d’être aux commandes. Une fois que vous savez où vous voulez aller, tout le reste est facile, vous mettez en place les conditions, vous vous dirigez vers votre destination, et le reste coule de source car, c’est extraordinaire, à ce moment là, la vie se met à vous aider en vous présentant les opportunités, en plaçant sur votre chemin les bonnes personnes, en faisant naître dans votre tête les bonnes idées.

Traduction : un marché mondial élevé, fragmenté et en croissance

Avec le printemps arrivent les résultats des enquêtes sur la traduction et les traducteurs. Ainsi, la version 2010 de The Language Services Market, l’étude de Common Sense Advisory a-t-elle été récemment envoyée aux répondants de l’enquête 2011. Beaucoup plus fouillée que les précédentes, elle mesure avec une précision inégalée jusqu’ici le marché de la traduction et des services linguistiques dans le monde.

Des agences de traduction très nombreuses et une croissance forte

Comme leurs auteurs le racontent très bien en introduction, il leur a d’abord fallu identifier la quasi-totalité des agences de traduction dans le monde. Ils en ont trouvé 23 380 dans 149 pays soit, d’après leurs estimation, 92,5% du total ! D’après les enquêteurs, ces agences développent ensemble un CA mondial de 26,3 milliards de dollars en 2010 (18,5 milliards d’euros)*, et 23,2 milliards de dollars en 2009. Un chiffre bien supérieur aux estimations parues il y a dix-huit mois, qui indiquaient un CA de « seulement » 17 milliards de dollars pour 2010 et 15 milliards pour 2009, soit 30% inférieur. Il faut dire que les chiffres étaient alors extrapolés à partir d’une base bien plus réduite qu’aujourd’hui.

Mesurant la taille du marché avec une précision accrue, Common Sense Advisory était capable de déterminer de façon plus pointue le taux de croissance annuel : 13,15% ! S’il est légèrement inférieur aux prévisions antérieures, ce taux reste extrêmement élevé comparé à la croissance mondiale. C’est d’autant plus remarquable qu’il a été calculé en prenant en compte la mauvaise performance de l’année 2009 : c’est en fait la moyenne entre la croissance 2009/2008 (8,21%) et la croissance 2010/2009 (18,09%).

Autre innovation importante, le marché est désormais mesuré (et les acteurs majeurs indiqués) dans les neuf grandes régions du monde identifiées par les Nations Unies (Amérique du Nord, Amérique du sud, Europe du Nord, Europe de l’Ouest, Europe du sud, Europe de l’Est, Asie, Afrique, Océanie) au lieu de quatre auparavant (USA, Europe, Asie, Reste du monde). Si les pays européens concentrent le plus grand nombre d’entreprises de traduction (15 471 sur 23 380), ils arrivent en deuxième position pour le CA généré (43,18% du marché mondial, contre 48,5% à l’Amérique du Nord). En Europe, ce sont les pays d’Europe du Nord qui centralisent la plus grande part du CA (19%, 5 milliards de dollars en 2010), suivis de l’Europe de l’Ouest avec 11,10% (et 2,9 milliards de dollars en 2010). Autrement dit, l’agence de traduction « moyenne » d’Europe dégage un CA de 735 000 dollars (517 000 euros), contre 1 126 000 dollars (792 000 euros) pour l’agence moyenne au niveau mondial, et sans doute beaucoup plus encore pour l’agence moyenne en Amérique du Nord ou au Royaume Uni.

Le marché français passé au scanner

C’est dire que le marché est bien plus fragmenté qu’anticipé : alors que les précédentes enquêtes considéraient que 26,6% du marché était détenu par les 30 entreprises de traduction les plus importantes dans le monde, l’étude 2010 rapporte que les 40 plus grandes sociétés ne se sont appropriés que 15% du marché mondial. Autrement dit, 85% du marché se répartit entre les « petites » agences, celles qui font moins un CA inférieur à 18 millions de dollars !

Une étude particulièrement bien informée, donc, que la lecture du dernier Observatoire de la traduction**, mené par la CNET (Chambre Nationale des Entreprises de Traduction), complète utilement au plan français. La précédente livraison datait de 2008 (chiffres 2007), car trop peu de répondants s’étaient manifestés pour l’enquête 2009 (chiffres 2008). Par conséquent, le dernier observatoire permet d’avoir une vue détaillée de l’activité en 2009, une année sombre s’il en fût, puisque 64% des entreprises françaises de traduction ont vu leur CA baisser. Pourtant, entre 2007 et 2009, dans l’ensemble, les entreprises ont crû : en effet, là où 39,5% des entreprises de traduction répondant au questionnaire de la CNET réalisaient en 2007 un CA compris entre 150 000 € et 500 000 €, elles étaient 42% en 2009 ; et si 32,5% des sociétés interrogées faisaient un CA supérieur à 500 000 € et inférieur à 1,5 million d’euros en 2007, elles étaient 38% dans cette situation en 2009. Et ceci dans un contexte où le panel interrogé augmente également, puisque 56 sociétés (sur 395 agences en France) ont répondu aux questions de la CNET sur l’exercice 2009, contre 43 pour l’exercice 2007.Alors, où est passée la crise ? Il semble que ce soit surtout les entreprises fondées depuis moins de cinq ans qui en ont pâti, puisque leur nombre est bien inférieur dans la nouvelle étude (13,72% du panel) que dans la précédente (20%).

Des traducteurs… technologues ?

Mais l’Observatoire ne s’intéresse pas uniquement au chiffre d’affaires. Il examine aussi la structure de l’entreprise, la formation des chefs d’entreprise (45% de traducteurs, 35% issus d’écoles de commerce, 20% d’ingénieurs et journalistes), la certification qualité (16% des entreprises certifiées), l’organigramme (combien de traducteurs en interne ? de chefs de projets ? de commerciaux ?, etc.), la nature des emplois pourvus (CDI, CDD, stagiaires, …), les logiciels utilisés en interne, les services vendus (traduction, localisation, interprétariat, mise en page…), etc. Il s’agit donc d’un outil particulièrement complet pour quiconque souhaite comprendre le fonctionnement des agences de traduction françaises.

Mais si vous voulez en apprendre autant au sujet des traducteurs eux-mêmes, c’est à Trad’Online qu’il faut s’adresser. Après sa première enquête, menée en 2008, Trad’Online a décidé de s’intéresser à l’adoption des nouveaux outils numériques interactifs par les traducteurs professionnels indépendants. Menée auprès de 1330 professionnels, l’étude 2010 dresse un portrait nuancé des traducteurs indépendants : attitude vis à vis des outils de traduction automatique, du partage de mémoires de traduction, de la traduction collaborative, des réseaux sociaux, de l’utilité de ces sites pour trouver des clients… Tout est vu en vingt questions éclairantes sur la relation qu’entretiennent les traducteurs avec leurs outils et leurs donneurs d’ordres.

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*26 milliards de dollars, c’est par exemple l’estimation du marché mondial des tablettes tactiles en 2011, d’après Gartner Group
**Faut-il le préciser ? Il n’y aucune relation entre le blog d’Anyword et la très riche et très intéressante enquête de la CNET menée à titre bénévole depuis 2002 par Xavier Mignot, d’Accent Mondial… excepté l’utilisation de l’expression « Observatoire de la traduction » pour les désigner l’un et l’autre.  Ce qui rapproche ces deux « observatoires », c’est bien sûr l’intérêt pour les sujets qui agitent les acteurs de la traduction en France et ailleurs, et la volonté d’en témoigner en respectant un format prédéfini.

2011, année de sacs d’argent pour les traducteurs ?

En ce début d’année 2011, je reçois, tout comme vous, de nombreux messages de voeux. Pour la plupart, il s’agit d’inconnus qui tentent de me vendre quelque chose. Il y a aussi quelques anciennes connaissances qui refont surface et, finalement, bien peu de véritables proches et amis (ils m’ont déjà passé un coup de fil). Je lis tout de même, très vite, la plus grande partie de ces messages, qui me souhaitent bonheur et prospérité, réussite professionnelle, argent et même une « excellente année commerciale ».

Je suis aussi parfois choisi comme destinataire de certaines chaînes de SMS. Par exemple celui-ci : « Ce mois de janvier est très spécial. Il a 5 lundis, 5 samedis, 5 dimanches. Ceci arrive tous les 823 ans. On les appelle les sacs d’argent. Fais passer ce message à 8 personnes, et l’argent apparaîtra. » Tout ceci se déroulant sur un plan pour ainsi dire inconscient de mon fonctionnement professionnel quotidien, je n’y prête pas beaucoup d’attention.

Dans le même temps, j’ai repris contact avec plusieurs relations professionnelles et amicales. J’ai par exemple déjeuné aujourd’hui même avec une traductrice indépendante sympathique pour qui j’éprouve beaucoup de considération. La conversation était intéressante et détendue. Nous avons bien sûr parlé boulot (de quoi d’autre parlent deux traducteurs ?), et spécialement des meilleures méthodes de prospection commerciale, en comparant celles des agences et celles des freelances. Cela vaut-il la peine d’investir en référencement payant Google quand on est à son compte ? Et la prospection téléphonique ? Vaut-il mieux refondre entièrement son site Web ou le faire évoluer progressivement ? Et les réseaux d’affaires ? Etc.

Après cette intéressante conversation, pleine d’enseignements pour nous deux, je suis revenu au bureau, et j’ai repris mon travail : fixer les objectifs annuels de l’entreprise. Améliorer notre application interne de gestion de production, documenter nos procédures d’assurance qualité, mettre à jour notre site Web, revoir notre stratégie commerciale : Web, prospection, mailing, publicité, appels d’offres…

Puis, avant de rédiger le premier billet 2011, j’ai fait un tour, en quête d’inspiration, sur les blogs de plusieurs traducteurs, et notamment sur l’excellent Naked Translations, où j’ai lu un très intéressant billet intitulé Traducteurs et marketing, qui décrit la stratégie commerciale gagnante de Céline : « j’ai déterminé les méthodes les plus efficaces pour me faire connaître, et je me focalise sur leur amélioration. [...] Site internet, contacts personnels, contacts professionnels. Ce sont les méthodes qui fonctionnent le mieux pour moi. »

Tout ça pour dire quoi ? La tonalité de 2011 semble avant tout commerciale. Et à l’heure du bilan, nous découvrirons sans doute, comme Céline, que seul le bon sens est payant.

Je vous souhaite à tous une excellente année 2011, pleine de bonheur, d’équilibre intérieur, de plaisirs familiaux, de réalisations personnelles, de quiétude… et aussi d’argent ! (mais pas seulement)

La Traduction professionnelle dans la presse et l’édition

Plusieurs publications récentes s’intéressent aux questions de traduction.

À commencer par l’élégant article de Pierre Assouline, intitulé « Il faut lever le nez quand on traduit« , et où l’on peut lire des phrases comme « [Svetlana Geier, traductrice] dit des choses sur la littérature qu’aucun critique, aucun écrivain, aucun éditeur ne saurait dire. Car nul n’est placé comme un traducteur pour vivre et faire vivre un texte de l’intérieur. » Et en effet, elle dit, par exemple, « qu’on ne traduit pas de gauche à droite, en suivant la langue, mais seulement après s’être approprié la phrase. Elle doit être digérée de l’intérieur, toucher le coeur. Je lis le livre si souvent que les pages en sont trouées. D’abord, je le connais par coeur. Ensuite, vient un jour où enfin j’entends la mélodie du texte. » Le reste à l’avenant : hommage d’un écrivain au travail des traducteurs, l’article présente un documentaire allemand de Vadim Jendreyko, La Femme aux cinq éléphants (qui passe au Reflet Médicis et au Lucernaire, à Paris), et la nouvelle traduction de L’Iliade, réalisée par Philippe Brunet, parue au Seuil. Agréable à lire, ce court article présente avec intelligence et finesse les servitudes et la grandeur de notre métier, vu sous son angle le plus littéraire.

Mais il n’y a pas que la littérature dans la vie du traducteur ! C’est ce que rappellent avec force Clare Donovan, directrice de l’ESIT, et Marie Meriaud-Brischoux, directrice générale de l’ISIT, dans cet autre article du Monde : « Wanted ! : traducteurs et interprètes francophones » (que j’ai lu grâce à Ghislaine Cathenod, qui me l’a signalé). Elles relèvent la contradiction, à laquelle nous sommes tous si souvent confrontés, entre un discours ambiant qui laisse penser que traduire serait à la portée de tous, si c’est seulement nécessaire, et la désespérante rareté des profils aptes à satisfaire la demande des organismes internationaux les plus habitués aux questions de traduction. Si l’Europe promeut le label EMT (European Master of Translation), si les Nations Unies signent des accords cadres avec des écoles de traduction partout dans le monde, et si l’OCDE accueille « l’Appel de Paris » s’inquiétant que bientôt « les organisations internationales ne [soient] plus en mesure de s’acquitter de leurs missions premières », c’est bien parce que les (bons) traducteurs sont peu nombreux, et que leurs compétences dépassent la simple compréhension d’une ou plusieurs langues étrangères ! Serait-ce alors une « simple » question de formation demandent les auteurs ? Mais les critères de reconnaissance des formations d’excellence (comme le sont celles dispensées par l’ESIT et l’ISIT) sont mal adaptés à des enseignements professionnalisant. C’est le mérite de cet article de poser le problème dans toute sa complexité, tout en annonçant les voies de solution possibles évoquées lors des Assises de la traduction et de l’interprétation organisées par le Ministère des Affaires étrangères et européennes.

La presse n’est pas le seul média à s’intéresser à la traduction ces temps-ci. Pour preuve, le long article paru sur le blog En Cathy Mini, qui analyse, résume et critique avec esprit l’ouvrage La traduction : la comprendre, l’apprendre, de Daniel Gile, paru aux Presses Universitaires de France. Là encore, l’auteur, interprète de conférence qui enseigne la traduction à l’Université de Lyon 2, démontre que le savoir-faire propre au traducteur dépasse de loin la seule maîtrise d’une langue étrangère. Il faut y ajouter l’expertise en matière d’expression écrite dans sa langue maternelle, une culture générale très étendue, quelques domaines de spécialisation où l’on se doit d’être réellement compétent, la maîtrise des outils de traduction, et l’expérience de l’opération de transfert elle-même, qui ne s’acquiert pas sans mal. Voilà un livre qui, aux dires de Cathy, devrait être lu par tout étudiant en Traduction (je souligne pour ceux que je connais) et complète utilement l’ouvrage Profession : Traducteur de Daniel Gouadec.

Des étudiants qui trouveront aussi un profit certain à consulter les ouvrages de la collection Traducto, dirigée par Mathieu Guidère (Maître de conférence à l’Université de Genève), aux Editions de Boeck. Jeune encore, la collection Traducto ne comporte pour le moment que quatre ouvrages, qui s’adressent en priorité aux étudiants en voie de professionnalisation. Les sujets ? Une Introduction à la traductologie, la Traduction juridique, la Communication multillingue et la Traduction audiovisuelle. A noter, la modicité du prix de vente (19,50 €), qui plaide pour l’achat du guide qui correspond le plus à vos préoccupations professionnelles. On souhaite longue vie à cette collection d’ouvrages spécialisés, qui grandira sûrement très vite.

Traduction et ergonomie : le dialogue des Universitaires et des traducteurs professionnels

Plus d’un mois sans rien poster sur ce blog ! Je suis sincèrement désolé d’avoir accumulé autant de retard, et l’actualité n’y est pour rien tant elle s’est montrée riche ces dernières semaines. Les articles qui suivront celui-ci s’en feront l’écho.

Mais avant tout, je voudrais évoquer rapidement le plaisir d’avoir assisté il y a deux semaines (en pleine grève des transports…) au colloque Traduction et ergonomie, organisé par Elisabeth Lavault-Olléon, Professeur à l’Université Stendahl à Grenoble, et directrice du GREMUTS (Groupe de recherche multilingue en traduction spécialisée).

Le thème général intéresse directement les professionnels de la traduction, dont plusieurs représentants figuraient au nombre des participants comme des orateurs. Traducteurs au sein d’organismes internationaux, comme Jean-François Allain, du Conseil de l’Europe, et Michel Rochard, de l’OCDE, localiseurs indépendants, comme Pascale Amozig-Bukszpan, Anne Marie Robert, de la SFT, ou Sarah Freitas, représentants d’entreprises de traduction, comme Mihaela Lupu, de XPlanation language services, ou François Brown de Colstoun, Président de Lingua et Machina, voisinaient avec des Universitaires venus de Belgique, comme Corinne Imhauser, de Suisse, comme Gary Massey et Maureen Ehrensberger-Dow, du Québec, comme Sylvie Vandaele, Louise Brunette et Hugo Vandal-Sirois, d’Irlande, comme Sharon O’Brien, du Portugal, comme Fernando Ferreira-Alves, et de France, puisque les Universités de Strasbourg, avec Thierry Grass, de Rennes 2, avec Daniel Toudic, de Clermont-Ferrand, avec Richard Ryan, et de Grenoble, avec Lise Dumasy, Elisabeth Lavault-Olléon et Sandrine Caroly, étaient aussi représentées.

Réconciliant concepts et pratique, leurs interventions étaient toutes extrêmement intéressantes et centrées sur les contraintes de notre métier. On y parlait multitâche, outils, contraintes clients, responsabilité du traducteur, processus de production, environnement Web et réseaux sociaux. Ce n’est pas un hasard si l’on pouvait croiser dans l’assistance les responsables de plusieurs blogs influents, comme lexicool ou Les recettes du traducteur !

La plupart des communications seront publiées au cours de l’été 2011 dans un numéro spécial de la revue ILCEA (disponible sur http://www.revues.org) ou dans la revue Traduire publiée par la SFT, dont plusieurs membres participaient au colloque.

Bref, c’était un moment passionnant, où la bonne humeur le disputait au professionnalisme et à la qualité scientifique.

Formation à la traduction professionnelle : comment s’y retrouver

Plusieurs demandes m’ont été adressées pour faire un point sur les formations à la traduction.

Ce n’est pas un sujet facile à traiter, car les organismes de formation sont nombreux, peut-être trop, et chacun développe avec plus ou moins de bonheur sa particularité propre.  Et comme j’assure moi-même de nombreux cours à l’Université de Rennes 2 et à celle d’Evry Val d’Essonne, il m’est difficile de garantir l’objectivité de mes propos. Enfin, un travail très fouillé et très complet de recensement des formations est réalisé depuis plusieurs années avec rigueur par Daniel Gouadec, Professeur à Rennes 2, sur son site Profession Traducteur, dont le nom reprend le titre de son livre, paru aux Editions du Dictionnaire. L’auteur, féru des questions des compétences des traducteurs et des formations qui leur sont le plus adaptées, a aussi publié, aux même éditions, le Guide des métiers de la traduction, de la localisation & de la communication multimédia 2009, qui consacre une large part aux formations.

Ce que l’on peut dire sans se tromper, c’est que le choix d’une formation doit dépendre du métier visé (traducteur ou chef de projet ?), de la spécialité souhaitée (sous-titrage vidéo ? traduction juridique ? traduction littéraire ?…) , et, en dernier lieu, de la région. Toutes les formations à la traduction, ou presque, délivrent un diplôme de Master 2 correspondant à cinq années d’études après le bac. Pour s’y inscrire, il convient d’être titulaire d’une Licence de langues (LEA ou LCE).  L’accès au Master se fait en général sur dossier avec une sélectivité plutôt faible : c’est à l’entrée en Master 2 que s’opère la vraie sélection, souvent drastique. Là où certaines promotions de Master 1 comptent jusqu’à 100 étudiants, il n’existe guère de Master 2 dont l’effectif dépasse de beaucoup la vingtaine. Il est possible de s’inscrire en Master 2 dans une Université différente de celle qui a délivré le Master 1 ; il est le plus souvent requis de passer un test et de démontrer sa motivation.

De nombreuses universités ont ouvert leur formation à la traduction assez récemment. Les programmes les plus anciens sont naturellement les plus réputés. C’est le cas des Master de Lille 3, Rennes 2 et Paris 7. Outre les Universités, il existe plusieurs écoles de traduction, dont les plus connues sont l’ISIT et l’ESIT, elle-même hébergée par la faculté de Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Enfin, certains Master appartiennent au réseau EMT (European Master in Translation), mis en place par la Direction Générale de la Traduction au sein de la Commission Européenne, qui distingue 35 formations à la Traduction en Europe. Car rien n’empêche de se former, au moins en partie, dans les autres pays membres de l’Union Européenne, dont l’offre en la matière est également abondante.

Dernière précision : il serait injuste de ne pas mentionner qu’il existe aussi des formations professionnelles continues aux métiers de la traduction. En France, le seul organisme dédié est le Ci3M, auquel il faut ajouter les formations courtes proposées par la SFT.

Guide des métiers de la traduction, de la localisation & de la communication multimédia 2009

Traduire, c’est réunir

Pourquoi les grands médias ne font-ils pas attention à la traduction ? Voilà la question, passionnante, à laquelle tente de répondre l’article de Marc Mentré intitulé « Langues, la dernière frontière » et publié sur le blog Owni.

On y apprend, entre autres choses, l’existence du projet Global Voices, un site de publication en 18 langues des billets les plus intéressants trouvés sur les blogs de pays lointains, avec la volonté expresse d’élargir l’audience de ceux qui en ont le moins du fait de leur position géo-stratégique. Qui connaît en Occident l’actualité du Penjab ?

Et ce projet, loin d’être farfelu, dispose de moyens et emploie à mi-temps environ 200 blogueurs dans le monde ! Bien entendu, Global Voices repose sur la traduction, qui est assurée par des traducteurs professionnels et amateurs, tous bénévoles, qui s’expriment sur le blog Translation Exchange Project. Allez visiter la page qui explique le fonctionnement de Global Voices, et vous en reviendrez rasséréné : non, l’esprit communautaire à d’origine du Web n’est pas mort !

Master de traduction – Paris 7 fête les 20 ans du Master ILTS

L’Université Paris Diderot (Paris 7), dont le Master professionnel ILTS (Industrie des langues et traduction spécialisée) est bien connu des professionnels de la traduction et des responsables des ressources humaines, fête le vendredi 9 avril le vingtième anniversaire de ce programme de formation, et le dixième du Master professionnel CDMM (Conception de documents multilingues multi-domaines).

A cette occasion, l’Université organise à partir de 14h30 une rencontre entre professeurs, étudiants et professionnels, où seront présentés les associations professionnelles, les organisations internationales et les programmes de recherche en traduction, et où l’on débattra des tendances en tentant de répondre à la question qui agite toutes les formations du secteur : quels seront les métiers de la traduction et de la documentation dans 20 ans ?

Introduite par M. Robert Perret, Conseiller du Président de l’Université Paris Diderot, cette rencontre se tient sous l’agide de M. Nicolas Froeliger, Responsable du Master professionnel ILTS et de Mme Nathalie Kübler, Professeur à l’UFR Etudes Interculturelles de Langues Appliquées. Elle accueille Stuart Culshaw et Christine Durban, qui représentent respectivement la STC (Society for Technical Communication) et la SFT (Société française des traducteurs), Alain Wallon, qui représente la Direction générale de la traduction à la Commission européenne, ainsi que des professionnels : Michael Pierre (Société générale), Sandrine Laurent (Maâtea), Mélissa Médard (traductrice indépendante) et Raul Perea (GE Healthcare).

La rencontre promet d’être intéressante. Si vous souhaitez y participer, contactez Edwige Quéruel (queruel @ eila.univ-paris-diderot.fr) ou Valérie Godel (godelv @ eila.univ-paris-diderot.fr).

Monopolish, un blog de traducteur utile

Je voudrais juste signaler rapidement Monopolish, un blog de traducteur, plein de tuyaux intéressants, de bonnes idées, de liens vers des outils vraiment utiles. C’est par exemple grâce à Monopolish que je dispose maintenant d’un système de comptage des mots intégrés à la barre d’outils de Firefox (il compte les mots de la page Web active), ou que j’ai appris plein de choses sur les sorties de logiciels à Mémoire de traduction (des news bientôt). Bref, une adresse à consulter souvent.

Les traducteurs américains de l’ATA font séminaire

L’American Translators Association (ATA) organise son séminaire semestriel à Fairmont Scottsdale, en Arizona, du 18 au 20 mars, avec comme thème principal Blazing a Trail to Business Success.

Le programme de conférences est à la fois chargé et intéressant : Moving Beyond the Hype to What Really Matters in the Translation Industry, Keeping Quality on the Radar in the New Web Paradigm, Machine Translation and the Future of LSPs ou What You Need to Know About Translation Industry Standards sont quelques un des sujets qui seront abordés le vendredi 19 et le samedi 20 mars.

Le jeudi 18 est consacré à une opération de networking réservée aux femmes, le Women’s Networking Spa Retreat & Lunch et à la soirée d’inauguration. Bien entendu, de nombreux moments ont été aménagés pour faciliter les rencontres entre les invités et les intervenants.

Ceux qui le souhaitent peuvent encore s’inscrire en téléchargeant ce formulaire.