Avec le printemps arrivent les résultats des enquêtes sur la traduction et les traducteurs. Ainsi, la version 2010 de The Language Services Market, l’étude de Common Sense Advisory a-t-elle été récemment envoyée aux répondants de l’enquête 2011. Beaucoup plus fouillée que les précédentes, elle mesure avec une précision inégalée jusqu’ici le marché de la traduction et des services linguistiques dans le monde.
Des agences de traduction très nombreuses et une croissance forte
Comme leurs auteurs le racontent très bien en introduction, il leur a d’abord fallu identifier la quasi-totalité des agences de traduction dans le monde. Ils en ont trouvé 23 380 dans 149 pays soit, d’après leurs estimation, 92,5% du total ! D’après les enquêteurs, ces agences développent ensemble un CA mondial de 26,3 milliards de dollars en 2010 (18,5 milliards d’euros)*, et 23,2 milliards de dollars en 2009. Un chiffre bien supérieur aux estimations parues il y a dix-huit mois, qui indiquaient un CA de « seulement » 17 milliards de dollars pour 2010 et 15 milliards pour 2009, soit 30% inférieur. Il faut dire que les chiffres étaient alors extrapolés à partir d’une base bien plus réduite qu’aujourd’hui.
Mesurant la taille du marché avec une précision accrue, Common Sense Advisory était capable de déterminer de façon plus pointue le taux de croissance annuel : 13,15% ! S’il est légèrement inférieur aux prévisions antérieures, ce taux reste extrêmement élevé comparé à la croissance mondiale. C’est d’autant plus remarquable qu’il a été calculé en prenant en compte la mauvaise performance de l’année 2009 : c’est en fait la moyenne entre la croissance 2009/2008 (8,21%) et la croissance 2010/2009 (18,09%).
Autre innovation importante, le marché est désormais mesuré (et les acteurs majeurs indiqués) dans les neuf grandes régions du monde identifiées par les Nations Unies (Amérique du Nord, Amérique du sud, Europe du Nord, Europe de l’Ouest, Europe du sud, Europe de l’Est, Asie, Afrique, Océanie) au lieu de quatre auparavant (USA, Europe, Asie, Reste du monde). Si les pays européens concentrent le plus grand nombre d’entreprises de traduction (15 471 sur 23 380), ils arrivent en deuxième position pour le CA généré (43,18% du marché mondial, contre 48,5% à l’Amérique du Nord). En Europe, ce sont les pays d’Europe du Nord qui centralisent la plus grande part du CA (19%, 5 milliards de dollars en 2010), suivis de l’Europe de l’Ouest avec 11,10% (et 2,9 milliards de dollars en 2010). Autrement dit, l’agence de traduction « moyenne » d’Europe dégage un CA de 735 000 dollars (517 000 euros), contre 1 126 000 dollars (792 000 euros) pour l’agence moyenne au niveau mondial, et sans doute beaucoup plus encore pour l’agence moyenne en Amérique du Nord ou au Royaume Uni.
Le marché français passé au scanner
C’est dire que le marché est bien plus fragmenté qu’anticipé : alors que les précédentes enquêtes considéraient que 26,6% du marché était détenu par les 30 entreprises de traduction les plus importantes dans le monde, l’étude 2010 rapporte que les 40 plus grandes sociétés ne se sont appropriés que 15% du marché mondial. Autrement dit, 85% du marché se répartit entre les « petites » agences, celles qui font moins un CA inférieur à 18 millions de dollars !
Une étude particulièrement bien informée, donc, que la lecture du dernier Observatoire de la traduction**, mené par la CNET (Chambre Nationale des Entreprises de Traduction), complète utilement au plan français. La précédente livraison datait de 2008 (chiffres 2007), car trop peu de répondants s’étaient manifestés pour l’enquête 2009 (chiffres 2008). Par conséquent, le dernier observatoire permet d’avoir une vue détaillée de l’activité en 2009, une année sombre s’il en fût, puisque 64% des entreprises françaises de traduction ont vu leur CA baisser. Pourtant, entre 2007 et 2009, dans l’ensemble, les entreprises ont crû : en effet, là où 39,5% des entreprises de traduction répondant au questionnaire de la CNET réalisaient en 2007 un CA compris entre 150 000 € et 500 000 €, elles étaient 42% en 2009 ; et si 32,5% des sociétés interrogées faisaient un CA supérieur à 500 000 € et inférieur à 1,5 million d’euros en 2007, elles étaient 38% dans cette situation en 2009. Et ceci dans un contexte où le panel interrogé augmente également, puisque 56 sociétés (sur 395 agences en France) ont répondu aux questions de la CNET sur l’exercice 2009, contre 43 pour l’exercice 2007.Alors, où est passée la crise ? Il semble que ce soit surtout les entreprises fondées depuis moins de cinq ans qui en ont pâti, puisque leur nombre est bien inférieur dans la nouvelle étude (13,72% du panel) que dans la précédente (20%).
Des traducteurs… technologues ?
Mais l’Observatoire ne s’intéresse pas uniquement au chiffre d’affaires. Il examine aussi la structure de l’entreprise, la formation des chefs d’entreprise (45% de traducteurs, 35% issus d’écoles de commerce, 20% d’ingénieurs et journalistes), la certification qualité (16% des entreprises certifiées), l’organigramme (combien de traducteurs en interne ? de chefs de projets ? de commerciaux ?, etc.), la nature des emplois pourvus (CDI, CDD, stagiaires, …), les logiciels utilisés en interne, les services vendus (traduction, localisation, interprétariat, mise en page…), etc. Il s’agit donc d’un outil particulièrement complet pour quiconque souhaite comprendre le fonctionnement des agences de traduction françaises.
Mais si vous voulez en apprendre autant au sujet des traducteurs eux-mêmes, c’est à Trad’Online qu’il faut s’adresser. Après sa première enquête, menée en 2008, Trad’Online a décidé de s’intéresser à l’adoption des nouveaux outils numériques interactifs par les traducteurs professionnels indépendants. Menée auprès de 1330 professionnels, l’étude 2010 dresse un portrait nuancé des traducteurs indépendants : attitude vis à vis des outils de traduction automatique, du partage de mémoires de traduction, de la traduction collaborative, des réseaux sociaux, de l’utilité de ces sites pour trouver des clients… Tout est vu en vingt questions éclairantes sur la relation qu’entretiennent les traducteurs avec leurs outils et leurs donneurs d’ordres.
———
*26 milliards de dollars, c’est par exemple l’estimation du marché mondial des tablettes tactiles en 2011, d’après Gartner Group
**Faut-il le préciser ? Il n’y aucune relation entre le blog d’Anyword et la très riche et très intéressante enquête de la CNET menée à titre bénévole depuis 2002 par Xavier Mignot, d’Accent Mondial… excepté l’utilisation de l’expression « Observatoire de la traduction » pour les désigner l’un et l’autre. Ce qui rapproche ces deux « observatoires », c’est bien sûr l’intérêt pour les sujets qui agitent les acteurs de la traduction en France et ailleurs, et la volonté d’en témoigner en respectant un format prédéfini.
Popularity: 1% [?]
Avalanche de nouveautés chez les éditeurs de logiciels à Mémoire de traduction : SDL Trados, Atril DéjàVu et Wordfast revoient leur gamme de produits de fond en comble. Chaque logiciel mériterait un article à lui seul, et l’occasion ne maquera sans doute pas dans les semaines à venir de procéder à une revue de détails de leurs fonctionnalités.
Mais Google ne se contente pas de concurrencer les éditeurs de logiciels de mémoires de traduction. Il va plus loin encore puisqu’il encourage les traducteurs à partager leurs mémoires. Dès qu’une mémoire est publiée, elle s’aggrège à la mémoire de traduction « globale », d’où proviennent les suggestions cibles renvoyées à tous les travaux de traduction. Tous les traducteurs peuvent noter la traduction de telle ou telle phrase issue de la mémoire globale ou des mémoires partagées auxquelles ils ont accès, cette note étant ensuite utilisée pour hiérarchiser les résultats des recherches de segments. Chaque traducteur gère autant de mémoires qu’il le souhaite dans son environnement (le workbench…). Les travaux déjà réalisés avec d’autres outils ne sont pas perdus, puisque les mémoires de traduction existantes peuvent être téléchargées dans le Toolkit à condition d’avoir été enregistrées au format TMX, et de ne pas dépasser les 50 Mo*. La mémoire globale et les mémoires partagées alimentent bien entendu le système d’apprentissage du moteur de traduction statistique de Google Translate, qui se perfectionne ainsi sans cesse.
Comme l’outil cible en particulier les traducteurs professionnels indépendants, il est facile d’importer des glossaires (au format CSV), dont le contenu est disponible en cours de traduction. Comme toujours avec Google, l’interface est d’une simplicité enfantine, et personne n’aura de difficulté à la prendre en main.

