Comme on ne peut quand même pas parler uniquement du marché de la traduction, il faut bien, de temps en temps, revenir aux fondamentaux de notre métier de linguiste. Voilà pourquoi je retranscris ici l’origine de sept expressions bien françaises, liées au monde animal, que j’ai trouvées dans un article de Danièle Boone publié dans le dernier numéro de l’hebdomadaire Femina. L’original en comporte encore d’autres : n’hésitez pas à le lire !
Poser un lapin. Ne pas se rendre à un rendez-vous, le plus souvent amoureux, sans en avertir, au préalable, la personne concernée. L’expression est née au XIXème siècle. Au départ, elle voulait dire : « Ne pas rétribuer les faveurs d’une femme. » Le sens actuel serait apparu dans le langage étudiant dans la dernière décennie du XIXè. « Poser un lapin » signifiait donner de faux rendez-vous amoureux, en d’autres termes faire une blague à un ami qui attendait inutilement la jeune femme devenant l’objet de la risée de ses copains embusqués ! Et le choix du lapin ? Peut-être à cause de sa réputation d’amoureux rapide et prolifique !
Prendre la mouche. Etre très susceptible, s’emporter sans raison apparente. L’expression fait allusion à la mouche à boeufs, qui se nourrit du sang des animaux. Ses piqûres entraînent dans certains cas l’agitation, voire l’affolement, du bovin qui paraît s’énerver subitemenrt et sans cause apparente. Cette expression a le même sens que : « Quelle mouche le pique ? »
Avoir une tête de linotte. Etre étourdi. Dans la langue française, « tête de » annonce une forme péjorative. Ici, l’ajout d’un oiseau n’est pas anodin, car le volatile a longtemps été réputé peu intelligent, sans doute parce qu’on pensait que l’intelligence était proportionnelle à la taille du cerveau. Avec les progrès de la biologie, on aurait dû revoir l’expression, mais les habitudes de langage ont la vie dure !
Payer en monnaie de singe. Lancer des plaisanteries ou payer avec une fausse monnaie au lieu de rembourser une dette. L’expression remonte à l’époque du Moyen Âge. A Paris, il fallait alors s’acquitter d’un péage pour emprunter le pont reliant l’ïle de la Cité à la rue Saint-Jacques. Seuls les forains, bateleurs et autres saltimbanques qui possédaient un singe étaient autorisés à s’en dispenser. En effet, ils pouvaient, en guise de paiements, faire exécuter un numéro à leur animal. C’est Saint Louis qui établit une ordonnance afin de distinguer les animaux considérés comme de simples marchandises (bovins, ovins, cochons, poules et autres volatiles), sur lesquels s’appliquait la taxe, des compagnons et des complices des ménestrels.
Etre le dindon de la farce. Se retrouver la victime dans une aventure, une entreprise ou une affaire. Dans les comédies bouffonnes du XVIIIIème siècle, les acteurs qui jouaient des rôles de religieux dupes étaient appelés les « pères dindons » par allusion à cet oiseau de basse-cour jugé peu intelligent. D’où l’expression actuelle. La pièce de Feydeau intitulée « Le Dinon » a ensuite largement contribué à la populariser.
Un ours mal léché. Une personnalité grossière, mal élevée. Au XVIIème siècle, on compare l’attitude des ours aux comportements humains . Un homme qui fuit la société est qualifié d’ »ours », par analogie avec les mâles qui vivent en solitaire. mais pourquoi « mal léché » ? Comme tous les mamifères, l’ourse qui vient de mettre bas lèche son petit pour le débarasser du placenta. Une vieille superstition soutenait que les oursons n’étaient pas tout à fait développés tant que leur mère ne les avait pas modelés en les léchant. Ainsi, l’expression désignait d’abord un enfant ou un homme handicapé physiquement. Par extension, la malformation physique s’est transmuée en insuffisance éducative : un homme mal léché est un homme mal élevé, donc grossier.
Fier comme un pou. Orgueilleux, imbu de soi-même. Contrairement aux apparences, cette expression provient non du pou, l’insecte, mais du coq. En effet, au Moyen Âge, on disait « fier comme un poul », celui-ci désignant le mâle de la poule. Pour la petite histoire, le mot « coq » vient de « cocorico », l’onomatopée de son cri.
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