avr 23

Les Disparus du Litttré, d'Héloïse Neefs, Fayard, 1318 pagesTrouvé dans Les Echos du 22 avril, cet excellent article de Emmanuel Hecht au sujet de l?ouvrage Les Disparus du Littré, d?Héloïse Neefs, paru chez Fayard avec une préface d?Alain Rey.

Vie et mort des mots

Un « schizopode » n?est pas un unijambiste atteint de troubles de la personnalité, mais un animal doté de pieds fendus. Un « étriquet » n?est pas un « métrosexuel » étroit d?épaules, mais un filet. Un « contre-à-contre » n?est pas une posture du « Kama-Sutra », mais un terme de marine désignant des navires ? ou des objets ? très près les uns des autres, mais sans se toucher, parallèlement à la longueur. Ignorer le sens de ces mots n?a rien de scandaleux, ils ont disparu de la langue française. Chaque année, les éditeurs de dictionnaires fournissent une liste d emots nouveaux et les journaux se font un devoir de leur rendre un hommage. Mais aucun d?entre eux ne divulgue la liste des mots évincés, « tués », dans le jargon des lexicographes.

Héloïse Neefs, professeur, lexicographe, traductrice, les rappelle à notre bon souvenir dans « Les Disparus du Littré ». « Ceci n?est pas un dictionnaire, ni un roman, mais la vie des mots », précise-t-elle. Ce pavé de plus de mille trois cents pages est pourtant conçu comme un dictionnaire, il parle de mots « morts » et il se lit comme un roman historique. « La déploration de la « mort » des mots n?est pas l?affaire des linguistes, mais celle des amoureux du langage », précise Alain Rey dans une longue préface en forme de traité de biologie du langage : « le lexique bouge sans cesse ; plus vite que les sons du langage, beaucoup plus que la syntaxe ».

Chaque génération a ses modes, ses habitudes. Les mots disparaissent lorsque ce qu?ils désignent cesse d?être. Mais ce n?est pas systématique. Le remplacement du boulet, en artillerie, par d?autres projectiles, n?empêche pas l?usage figuré du mot. Même constat pour le vilain, disparu comme paysan pauvre, toujours présent au sens moral. Un mot trop court a souvent une vie abrégée, il n?a pas su s?imposer : « é » ou « ef » pour « abeille », par exemple. A l?inverse, des archaïsmes subsistent, mais on en a oublié le sens. Dans « il y a péril en la demeure », « demeure » en signifie pas « habitation », mais le fait de demeurer, de rester immobile, inactif. Un archaïsme peut aussi avoir un sens restreint : « pis » a signifié « poitrine », avant de se limiter aux tétines des vaches laitières : de même que « traire », qui, jadis, signifiait « tirer », est l?apanage de quelques mammifères. On note des retours en grâce : la « chienlit » et le « quarteron » lancés par De Gaulle, l?« abracadabrantesque » soufflé à Chirac par Villepin, « souci », « volontiers », « étrangeté », « incorrect », donnés pour obsolètes au XVIIè, un siècle plus épurateur que d?autres. « Les mots sont tous menacés, mais tous capables de renaître, conclut Alain Rey. Des immortels, peut-être ? ».

« Les Disparus du Littré » ne sont pas une « grimauderie »[1] de plus, voire un « grimelinage »[2], mais au contraire un « donatif »[3] plein de surprises.

Emmanuel Hecht

[1] Langage de pédant, radotage.

[2] Petit jeu mesquin.

[3] Présent qu?on fait à quelqu?un

icon1 Par: Guillaume | icon2 Langue, Revue de presse
icon4 23 avr 2008| icon3Aucun commentaire »
avr 22

About Translation - l'excellent blog de Riccardo SchiaffinoUn (petit) billet pour signaler l’excellent Blog de Riccardo Schiaffino, intitulé About Translation, qui mérite vraiment le détour. Aucun doute, Riccardo connaît son sujet ! Rien d’étonnant puisqu’il a été freelance, gérant de société, PM chez un client majeur de l’industrie, puis à nouveau freelance et, maintenant, associé d’une agence de traduction. En tous les cas, ses billets sont informés, intéressants, et bien écrits.

icon1 Par: Guillaume | icon2 Revue de presse
icon4 22 avr 2008| icon3Aucun commentaire »
avr 22

Venez visiter mon Technorati Profile

icon1 Par: | icon2 Non classé
icon4 22 avr 2008| icon3Aucun commentaire »
avr 12

Logo de l'opération « Les langues, ça compte », tel est la devise de 2008, l’année internationale des langues selon l’UNESCO (voir le portail de l’UNESCO). Pour célébrer l?Année internationale des langues, l?UNESCO invite les gouvernements, les organismes des Nations Unies, les organisations de la société civile, les institutions éducatives, les associations professionnelles et toutes les autres parties prenantes à multiplier leurs activités propres afin de promouvoir et protéger toutes les langues, particulièrement les langues en danger, dans toutes les situations de la vie individuelle et collective.

A ce titre, l’UNESCO promeut de nombreux projets, dans des domaines aussi variés que l’éducation, les sciences, les sciences humaines et sociales, la culture, la communication et l’information. Les projets sont multiples et très variés, allant de l’établissement d’un dictionnaire de la langue Bakthiari (Iran) à une conférence intitulée « La langue maternelle: un concept pluriel en évolution ». Il y a même une catégorie entière intitulée « dialogue interculturel et traduction« .

Enfin, à cette occasion, l’UNESCO publie un numéro spécial de sa revue Courrier ainsi que plusieurs anciens numéros déjà consacrés à la question des langues et, bien sûr, de leur disparition (on estime que la moitié des 7 000 langues existantes auront disparu d’ici quelques années).

icon1 Par: Guillaume | icon2 Actualité de la traduction
icon4 12 avr 2008| icon3Aucun commentaire »
avr 6

Dans un précédent billet, je m’intéressais à la répartition des langues vers lesquelles nos clients nous demandent de traduire leurs document. J’ai repris et affiné ces chiffres, et je les ai comparé avec ceux des deux années précédentes.

On constate tout d’abord que chaque année nous traduisons dans un plus grand nombre de langues: les 61 couples de langues de l’année 2007 n’étaient que 47 en 2006, et 27 en 2005. La « traîne » telle que la décrit Chris Anderson s’allonge donc un peu plus chaque année vers la droite. Les six premières langues de traduction (français, anglais, espagnol, italien, néerlandais et allemand) ne changent pas d’une année sur l’autre, même si, ensemble, leur part décroit doucement (on passe de 80% à 70%). Cette décroissance est bien sûr liée à la diversification de la demande de langues : là où les 22 autres langues représentaient 14% du total en 2005, elles étaient 56 à compter pour 27% en 2007, et le CA correspondant à ces langues avait quadruplé !

Mais ce qu’il y a de véritablement surprenant, c’est que l’anglais suit une courbe très différente. Chaque année, la part de la traduction français-anglais s’accroît fortement : de 39%, on passe à 44%, puis à 47% ! C’est la seule combinaison de langues à se comporter de cette façon. Or cette progression en valeur relative est doublée d’une autre, en valeur absolue. Car, pendant ce temps, le CA global a triplé, et celui de l’anglais aussi. Autrement dit, la part du couple français-anglais n’a pas progressé de 20% en trois ans, comme pourrait le faire croire l’observation de sa progression en valeur relative, mais de 270%, comme le révèle la progression en valeur absolue. C’est énorme.

On a donc deux pôles de croissance: d’une part, l’augmentation du nombre de langues demandées par nos clients augmente le CA global de la partie droite de la traîne; d’autre part, la « tête » de la traîne (la traduction en anglais) se vend de plus en plus et continue de progresser en valeur relative. Je suis presque certain que cela ne serait pas le cas si nous ne proposions que de l’anglais (ou un nombre plus restreint de couples de langues). Ce qui aurait une autre signification : en traduction, contrairement à ce qu’enseigne le marketing, mieux vaut ne pas trop se spécialiser, au moins sur le plan linguistique.

icon1 Par: Guillaume | icon2 Marché de la traduction
icon4 6 avr 2008| icon31 Commentaire »

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